Les ministres de gauche ne veulent pas perdre la main en 2022

22 Sep 2021 | Médias

LE FIGARO : John TIMSIT

De Barbara Pompili à Olivier Dussopt, l’aile gauche de la majorité s’organise pour ne pas être tenue à l’écart de l’élection présidentielle.

Les macronistes de gauche n’ont pas dit leur dernier mot. Relégués au second plan du quinquennat par des ministres de droite plus visibles, ils veulent reprendre la main à la veille de l’élection présidentielle. Les initiatives foisonnent. Avec un enjeu : tenir le stylo lors de l’élaboration du prochain projet d’Emmanuel Macron.

Le parti de Barbara Pompili, En commun, a été le premier à publier un fascicule de propositions. Dans la majorité, « on a des réussites, mais cinq ans plus tard, nous n’avons pas abouti sur le renouvellement du corpus » , déplore la ministre de la Transition écologique.

Laquelle s’interroge : « À quoi ça sert d’être divers si on pense la même chose ? »

Plus que jamais, ses propositions se confrontent à la ligne arrêtée par l’exécutif. Notamment sur la fiscalité, qu’En commun veut massivement alourdir, quand Bercy promet le contraire. Augmentation d’un point de TVA, des impôts des grandes sociétés et des hauts revenus, des droits de succession pour les plus riches, des taux d’imposition sur les plus-values immobilières… Tout en appelant à « une réhabilitation des services publics et de leurs personnels, particulièrement dans le domaine de l’éducation, de la santé, du social et médico-social » . « Nous ne sommes ni des emmerdeurs ni des cailloux, mais des aiguillons de la majorité » , argue Hugues Renson, le vice-président de l’Assemblée nationale, qui plaide pour l’instauration du vote obligatoire, la reconnaissance du vote blanc, le droit à « la fin de vie choisie » , la légalisation du cannabis et la reconnaissance du statut de travailleur du sexe. Ce qui a le don d’agacer les macronistes qui soupçonnent En commun, et la quinzaine de députés affiliés, de vouloir faire sécession. « Quel est l’intérêt de s’amputer d’une partie de sa majorité ? » , rétorque Barbara Pompili, qui jure ne pas être dans cet état d’esprit.

Les relations sont plus apaisées avec Territoires de progrès (TDP), le parti social-démocrate créé en 2020 par les ministres Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Olivier Dussopt (Comptes publics). C’est ce dernier qui va en prendre la tête lors d’un congrès qui se tiendra les 9 et 10 octobre prochains. Las, l’ex-premier ministre Édouard Philippe concentrera l’attention médiatique alors qu’il lancera son parti au même moment. Décidément…

Toutefois, Olivier Dussopt refuse d’engager un rapport de force frontal. « Il a connu le quinquennat précédent et la fronde. Il a à coeur à ce que Territoires de progrès se construise » , commente son entourage.

Le sénateur Xavier Iacovelli « revendique les actions progressistes du président Macron » comme la PMA ouverte à toutes les femmes, le zéro reste à charge pour certains soins et la réforme des pensions alimentaires. Mais il veut « accompagner un second quinquennat » avec « des propositions qui ne sont pas forcément celles de LREM » et « influer sur la politique gouvernementale » . « Dans ce quinquennat, il y a un bilan de gauche incontestable, mais il n’est pas bien vu. C’est donc le boulot du parti de le faire savoir » , fait valoir un cadre du parti. Car jusqu’à présent, « c’est la droite qui s’était organisée dans la majorité présidentielle , souligne Xavier Iacovelli. Peut-être a-t-on mis plus de temps. Mais il fallait réaffirmer que la majorité était à la fois de gauche et de droite » .

C’est la future numéro 2 du parti, la ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, qui sera chargée du projet de TDP. Face aux ministres de droite, « on a peut-être un peu moins d’expérience politique, mais nous apportons un équilibre important pour la cohérence gouvernementale. On peut être entièrement loyal au président et au gouvernement tout en faisant vivre le débat » , explique-t-elle. « Sur la solidarité et l’insertion, la transition écologique avec l’aménagement du territoire, l’investissement dans la jeunesse, on peut aller plus loin » , détaille Emmanuelle Wargon. Le parti, qui revendique 10 ministres, une cinquantaine de parlementaires et 2 000 militants, remettra ses propositions début novembre.

L’eurodéputé Pascal Canfin cherche lui aussi à peser. Samedi dernier, il a rassemblé plusieurs cadres de la majorité pour une réunion de travail. L’ex-ministre EELV veut verdir le projet présidentiel et remettra ses propositions début décembre. « Ce gouvernement a fait des choses qu’aucun autre n’a faites. Mais il faudra en faire beaucoup plus demain. Nous ne sommes pas encore alignés sur l’objectif européen de neutralité carbone.

Au-delà des mesures techniques, il faut assumer le changement systémique qu’implique de respecter les accords de Paris et d’organiser à grande échelle la négociation des transitions dans les secteurs clés, comme l’agriculture ou les transports », plaide l’ancien directeur général de WWF France, qui veut réfléchir à une fiscalité verte pour les plus riches. « L’objectif n’est pas de refaire une chapelle écologique au sein de la majorité, mais de transformer son logiciel », insiste-t-il.

Outre la ligne politique qu’ils veulent plus équilibrée, se pose la question des législatives. La majorité sortante est davantage composée d’élus de centre gauche. Mais qu’en sera-t-il en juin prochain, si l’aile droite parvient à imposer ses candidats ? C’est aussi à ce bras de fer que les composantes de la majorité se préparent.