«Une Nation unie suppose un peuple rassemblé»,

5 Jan 2022 | Médias

Libération.fr

Sylvain Chazot, Sébastien Tronche

En disant vouloir «emmerder» les non-vaccinés Covid, Macron a semé le trouble, y compris dans son camp. Du côté de la majorité, on oscille entre soutien sur le fond et arguments alambiqués pour défendre la forme.

Certains l’appellent le nettoyeur mais on opterait pour le fossoyeur car il aime remuer la merde, pourrait-on dire en citant à peine MC Jean Gab’1, auteur et interprète de ce fameux morceau des 90′s J’t’emmerde. Toujours est-il que les mots du Président, avouant dans une interview au Parisien vouloir «emmerder» les non-vaccinés Covid, ont semé le trouble à l’Assemblée, entraînant une nouvelle suspension des débats sur le pass vaccinal.

Mais du côté des marcheurs, il en faut plus pour s’émouvoir. «Ça soutient toujours le Président, nous assure un cadre du groupe LREM à la chambre basse. Moi, j’avoue que j’aime bien quand il est cash.» «Globalement, c’est très bien sur le fond, ajoute un autre cador de la majorité. Sur la forme, je pense que les gens sont partagés : parler vrai contre le retour des petites phrases ? Mais quasi tout le monde pense que les oppositions en ont fait des tonnes et que ça ne méritait pas ça.» Les mots utilisés par Macron ont aussi fait la une de la presse internationale. «Il a été franc. C’est une forme de franchise, qui l’a poussé à dire tout haut ce qu’on fait partout – dans d’autres pays – sans le dire, réagit l’eurodéputé LREM italien Sandro Gozi. Le débat sur le caractère obligatoire reste, mais il a aussi expliqué pourquoi selon lui l’approche obligation-sanctions ne serait pas forcément plus efficace. Donc, vive sa franchise.» Mission accomplie, donc même si tout le monde, dans la majorité, ne partage pas cet enthousiasme. Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée et chiraquien nostalgique, n’a pas semblé ravi. «Une Nation unie suppose un peuple rassemblé», a-t-il simplement tweeté dans la soirée.

«Une Nation unie suppose un peuple rassemblé.» Hugues Renson, vice-président LREM de l’Assemblée «Je vous renvoie à la phrase de Pompidou»

Toutefois, les premiers à être emmerdés depuis mardi soir, ce sont les membres de la majo et du gouvernement qui doivent justifier cet énième propos présidentiel inflammable. Dans une Assemblée surchauffée hier à la reprise des débats sur le pass vaccinal, Olivier Véran a ainsi tenté de normaliser cette sortie : «Je vous renvoie à la phrase de Pompidou [«Il faut arrêter d’emmerder les Français», ndlr] qui n’avait choqué personne à l’époque, et qui est même rentrée dans le quotidien des Français.» Sauf que précisément, Macron, lui, déclare vouloir en «emmerder» une partie… Dans la même veine, le député LREM Bruno Questel a souhaité rappeler que le mot «emmerder» fait partie du langage ordinaire. Plus audacieuse, la présidente déléguée du groupe majoritaire Aurore Bergé a expliqué : «Normalement, cette interview programmée aujourd’hui n’aurait pas dû sortir pendant le débat sur le pass vaccinal, puisqu’on aurait dû voter [lundi].» Ah bah ça va alors.

Enfin, l’ex-très proche conseiller de Macron devenu président des eurodéputés Renew, Stéphane Séjourné, ne s’est pour sa part pas emmerdé avec des justifications alambiquées, tweetant en mode j’assume  : «Ceux qui emmerdent les Français en faisant déprogrammer des interventions, en occupant les réanimations, en épuisant nos soignants, en obligeant le reste de la population à subir des restrictions, ce sont les antivax. Donc oui, il faut les emmerder à notre tour. Point.»